Diglossie dans le domaine ottoman : l'étude de Johann Strauss
Comment une centaine de langues ont-elles pu coexister dans l'Empire ottoman ? Johann Strauss, membre fondateur d'Ab Oriente et spécialiste du monde ottoman, signe une étude de référence sur la diglossie et le foisonnement linguistique de cet espace.
Johann Strauss, 20/06/2026
Ab Oriente met à l'honneur le travail de ses chercheurs. Nous vous invitons à (re)découvrir un article de référence signé Johann Strauss, membre fondateur de notre association et spécialiste reconnu de l'histoire culturelle et linguistique du monde ottoman.
L'article
« Diglossie dans le domaine ottoman. Évolution et péripéties d'une situation linguistique » est paru en 1995 dans la Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée (REMMM, n° 75-76, p. 221-255), au sein du dossier thématique « Oral et écrit dans le monde turco-ottoman » dirigé par Nicolas Vatin.
De quoi parle-t-il ?
L'Empire ottoman fut l'un des espaces les plus plurilingues de l'histoire. Johann Strauss rappelle qu'on y a employé près d'une centaine de langues et de dialectes — un nombre qui s'est encore accru au cours du XIXe siècle sous l'effet des migrations.
L'étude éclaire la notion de diglossie : la coexistence, au sein d'une même société, de variétés linguistiques aux usages distincts — langue savante, administrative et littéraire d'un côté, parlers quotidiens de l'autre. À travers son évolution et ses « péripéties », l'auteur retrace la manière dont ces équilibres se sont noués, transformés, parfois rompus.
- Un empire-mosaïque où se croisent familles indo-européenne, altaïque, sémitique et caucasienne ;
- Une diversité qui perdure jusque dans la Turquie républicaine, où une vingtaine de langues figurent encore dans les recensements officiels jusqu'en 1965 ;
- Une réflexion sur la disparition de nombreux parlers — ces « trésors cachés de l'Anatolie » selon le mot de Georges Dumézil.
Pourquoi cela nous parle
Ce travail résonne pleinement avec la vocation d'Ab Oriente : faire dialoguer l'Orient et l'Occident en partant de ce qui les relie — les langues, les héritages, les circulations. La richesse linguistique du domaine ottoman y apparaît non comme une curiosité d'érudits, mais comme une clé pour comprendre des sociétés entières.